L’offensive politique du président de MG-France
Le Quotidien du Médecin du : 23/02/2009
Dr Martial Olivier-Koehret : « Demain, il faudra porter la réforme sur le terrain »
Pendant que le CNPS - qui réunit les libéraux de santé - mène campagne contre le projet de loi Hôpital, Patients, Santé, Territoires (HPST), le président de MG-France affiche son soutien à la dynamique de réforme en cours. Le statu quo, affirme le Dr Martial Olivier-Koehret, conduit à « la disparition » de la médecine générale. La loi en revanche constitue « une opportunité extraordinaire pour donner corps à l’équipe de soins de ville ».
LE QUOTIDIEN - Le CNPS, qui réunit les syndicats de libéraux de santé, mène une vive campagne contre le projet de loi HPST. Qu’en pensez-vous?
Dr MARTIAL OLIVIER-KOEHRET - Nous sommes à un tournant décisif. On est en train de passer d’un système de soins désorganisé à un système organisé en définissant les missions des uns et des autres. Il est logique qu’il y ait des forces portées vers le progrès et d’autres qui freinent. J’ai vu que quelques organisations, autour de la CSMF, s’accrochaient au statu quo. Aujourd’hui, dix organisations [voir encadré], dont MG-France, s’expriment ensemble pour soutenir la dynamique de la réforme. On reste dans la logique des états généraux : la majorité des professionnels regardent avec intérêt la loi « Bachelot ». MG-France s’inscrit dans cette dynamique. On ne peut plus continuer comme avant. La médecine générale est en déshérence, elle a terminé 2008 en négatif en perdant des médecins et des moyens. Et on ne pourra plus prendre en charge les patients comme avant avec l’explosion des pathologies chroniques.
Quel est le point fort de ce texte pour le généraliste ? Balayez-vous la critique sur le risque d’étatisation ?
La définition explicite des différents niveaux de recours aux soins est l’élément majeur. Cela permettra à chacun de trouver sa place dans le système de santé et de sortir de la fausse concurrence qui aboutit aujourd’hui à surcharger l’hôpital. Un article reconnaît spécifiquement la médecine générale. C’est une avancée essentielle pour avoir des médecins généralistes demain. Même si c’est une définition de compromis? Quant à la critique d’étatisation, c’est l’inverse?! En définissant les missions des acteurs, et en favorisant les coopérations, la loi ouvre un espace pour que le généraliste se recentre sur son métier : la décision médicale. Cela ne sclérose rien.
Donc vous êtes convaincu que cette loi sera bénéfique pour la médecine générale?
Oui, mais il faudra des moyens pour assumer ces missions. Ce sujet n’est pas abordé. Nous sommes dans une loi de préfiguration qui ouvre des portes. Le statu quo que certains défendent c’est la disparition programmée de la médecine générale?! La loi ouvre le champ des coopérations. C’est une opportunité extraordinaire pour donner corps à l’équipe de soins de ville, avec des moyens logistiques, la mise en place de protocoles? La forme ultime de cette coopération, c’est la maison de santé pluridisciplinaire qui est rentrée dans le discours public, à droite comme à gauche.
On vous accuse de vouloir marginaliser les spécialistes libéraux. Que répondez-vous?
MG-France a des partenaires spécialistes. Certains - chirurgiens, gynécologues, anesthésistes? - viennent dans notre délégation aux négociations. Nous voulons que chaque professionnel trouve sa place : les cliniciens, qui sont en train de s’effondrer?; mais aussi ceux qui font des actes techniques. Aujourd’hui aucune perspective n’est offerte aux médecins du bloc chirurgical. Rien. Je crois que la définition des niveaux de recours sera aussi une chance pour la médecine spécialisée. Mais tout de même, si le médecin traitant est à 99 % un généraliste, c’est parce que les Français ont bien conscience que c’est lui qui organise la coordination et la transversalité.
Votre soutien actif à la réforme traduit-il un « axe » politique avec le gouvernement pour mener à bien ce difficile chantier?
C’est la question essentielle. Une loi « santé » est vaine si elle n’est pas portée par ceux auxquels elle s’adresse, patients et professionnels. Oui, MG-France, avec d’autres, est dans une logique de partenariat au regard de la dynamique qui s’ouvre. Si on veut que cette réforme marche, demain il faudra la porter sur le terrain. Ce sont des mois et des années de travail. À la minute où la loi sera adoptée, une grande partie de la représentation des médecins prendra acte de la nouvelle donne et se repositionnera.
La lutte contre les déserts médicaux sera bientôt débattue à l’Assemblée. La profession n’a-t-elle pas manqué l’opportunité d’une solution négociée?
La réalité des déserts médicaux, c’est quoi?? Très peu de zones. La priorité, c’est de trouver des candidats à l’installation en médecine générale à l’heure où la concurrence de la médecine spécialisée et de la médecine salariée est considérable?! Ensuite, il faut des mesures favorisant les conditions d’exercice. D’où les schémas ambulatoires, les maisons de santé. On définit les zones où on a besoin de professionnels et, dans ces secteurs, on aide les regroupements pluridisciplinaires.
À court terme, le contrat " santé solidarité " devait permettre de satisfaire l’impatience des élus. À charge de la convention d’en fixer le contenu. Mais dans la convention, il ne se passe rien?! Le directeur de l’assurance-maladie est atteint de strabisme? Il est normal que les élus s’emparent de la question démographique. Mais je redis que les signaux négatifs envoyés à la profession seront contre-productifs.
Vous avez rejoint la convention au début de 2008. Depuis, il ne s’est rien passé, ou presque. Comment expliquez-vous que la machine soit grippée?
C’est vrai, il n’y a eu aucun geste en direction de la médecine générale. Et quand je demande au directeur de l’assurance-maladie où sont passés les 2,5 milliards d’euros réservés à la médecine de ville pour 2009, je n’ai aucune réponse. Nous sommes dans une crise institutionnelle, une crise de pilotage des négociations qui posera encore plus question lorsque la loi sera adoptée. On a un cadre politique fixé, une enveloppe à répartir et? rien au bout.
Les syndicats de spécialistes vous accusent d’avoir permis la baisse des tarifs des radiologues. Que répondez-vous?
On a découvert que la règle de tarification valable pour toutes les spécialités concernant les actes associés au cours de la même séance - 100 % puis 50 % puis 0 % - ne concernait pas la radiologie. J’ai demandé un alignement par le haut, refusé par l’assurance-maladie. Dès lors, il n’y avait aucune raison de laisser un régime dérogatoire pour une seule spécialité. Notre position est rationnelle, c’est une mesure d’équité. Beaucoup de spécialistes sont sur notre ligne. Il est faux de dire que MG-France cautionne les décotes de tarifs.
Le SML a suspendu la revendication du C à 23 euros. Cette revalorisation est-elle une priorité pour MG-France?
Le rattrapage du revenu passe par plusieurs mesures. Nous devons avancer dans les forfaits, notamment pour la prise en charge des maladies chroniques. Dans l’immédiat, les médecins généralistes, qui sont spécialistes de médecine générale, attendent une mesure symbolique forte : l’accès au CS. MG-France ira jusqu’au bout pour obtenir ce droit. On est bien au-delà de la problématique du C à 23 euros.
PROPOS RECUEILLIS PAR CYRILLE DUPUIS