“Le système de soins français ne fonctionne plus”
CLICANOO.COM | Publié le 1er novembre 2008
En visite à la Réunion, le Dr Martial Olivier-Koehret, président de MG France, premier syndicat des médecins généralistes, dresse un bulletin de santé catastrophique du système de soin à la française.
À en croire votre livre (1), le système de soins français est malade. N’est-ce pas exagéré ?
Non, aujourd’hui, le système de soins français ne fonctionne plus. Les dépenses explosent même si on nous dit que le déficit est contenu. Les + 75 ans vont augmenter de 50 % dans les 15 ans à venir. Les maladies chroniques vont croître et donc le nombre de consultations va passer de 300 à 400 millions par an.
Dans le même temps, il y a une crise démographique médicale majeure. Il y a eu un durcissement du numerus clausus et une mauvaise répartition géographique des médecins. On va passer de 54 000 à 31 000 médecins généralistes en 2025.
Lorsque les jeunes étudiants arrivent à la fin de leur deuxième cycle, ils sont peu nombreux à choisir la médecine générale. 627 étudiants ont ainsi préféré redoubler.
Comment redonner de l’attractivité de la médecine générale ?
Il faut instaurer des mesures dans la formation initiale. Dès le deuxième cycle, il faut montrer aux étudiants ce qu’est le métier de médecin généraliste à travers des stages. Le niveau de rémunération doit également être revu à la hausse.
Un médecin généraliste gagne en moyenne 4 200 euros nets par mois. C’est le double pour un spécialiste. À niveau de diplôme égal, le salaire doit être égal.
Quelles sont vos autres solutions pour améliorer la situation de votre profession ?
L’exercice de la médecine doit être amélioré. Par exemple, l’isolement du médecin généraliste nous cause beaucoup de torts. Le taux de suicide est quatre fois supérieur dans notre profession. Je prône le regroupement de l’ensemble des acteurs de soin de ville (infirmier, médecin, biologiste, pharmacien…).
Nous avons aussi besoin d’être recentrés sur la décision médicale au lieu d’être utilisés à remplir des papiers. Cette tâche administrative nous occupe deux à trois heures par jour. Il faut du personnel pour le faire à notre place. En France, il y a seulement 0,3 personnel pour un médecin contre deux à quatre dans les pays voisins. Il faut bien sûr revaloriser la médecine générale dans les textes. C’est ce qui est prévu dans la loi “Hôpital, patients, santé et territoires”. Cette loi (qui doit être examinée au Parlement en janvier 2009, ndlr) est un tournant pour notre pays, notamment pour l’organisation des soins. Je fonde beaucoup d’espoirs en elle.
Une proposition pour résorber le déficit de l’Assurance-Maladie ?
Le médecin généraliste doit jouer son rôle de régulateur. On y parviendra en créant un protocole de pratique qui sera validé par les pouvoirs publics. L’idée, c’est de donner aux gens ce dont ils ont besoin. Ni plus, ni moins. Il faut une graduation des soins. Par exemple, il faut arrêter de donner d’emblée le médicament le plus cher. On peut aussi éviter beaucoup de journées d’hospitalisation.
Au lieu d’envoyer à l’hôpital un hypertendu qui a une poussée d’hypertension, on pourrait disposer d’une salle équipée avec un personnel pour le surveiller. Mais pour cela, il faut aussi qu’on nous donne les moyens
Interview : M.P.
1) La santé aux urgences par le Dr Martial Olivier-Koehret (Bourin éditeur)