3 questions à Pierre Costes, Président de MG France
13 octobre 2006
Vous demandez une nouvelle convention. Pourquoi ?
Pierre COSTES :
Le principe du médecin traitant est un bon principe.
Pour autant, MG France considère que les conditions pratiques de mise en oeuvre de la réforme ne sont pas à la hauteur des besoins. Qu'ils 'agisse des besoins des patients, ou des besoins des médecins généralistes qui sont les médecins traitants. L’actuelle convention n’offre pas de garanties aux patients sur les délais de prise en charge en médecine spécialisée ou à l'hôpital, pas de garanties sur les tarifs pratiqués et les remboursements, pas de garanties d'une bonne coordination médicale à travers un Dossier Médical Personnel toujours au stade de vœux pieux.
Les gens le savent bien quand ils disent à leur médecin : « Faites quelque chose docteur car j'ai eu mon rendez-vous mais seulement dans 4 mois". Ou encore, à propos d'un avis secondaire ou d'un examen "trouvez moi quelqu’un de remboursé". Ou enfin et alors que le compte rendu n'est jamais arrivé " Vous devez avoir les résultat puisque vous êtes mon médecin traitant !".
Pourtant, je sais que les médecins généralistes font le maximum pour leurs patients. Mais sans moyens nouveaux, techniques, économiques, ou en personnel, on ne peut pas demander toujours plus aux médecins généralistes. Ce devrait être l’objet de la convention. Malheureusement ce n’est pas le cas.
Vous tracez un tableau sombre, ne versez vous pas dans le catastrophisme ?
Pierre COSTES :
La situation est très inquiétante. Le système de santé est en grave crise.
Et ceux qui prétendent mener le pays pour le quinquennat qui vient ne peuvent plus se contenter de belles paroles et de discours électoraux. Au-delà de la très grave crise financière de la sécurité sociale, avec un besoin de financement de 37 milliards d'euros chiffré par la Cour des Comptes, la crise démographique qui va frapper en premier lieu la Médecine Générale, avec départ en retraite de plus de 40 % des généralistes dans les cinq ans qui viennent va poser un très grave problème aux gens.
Et pas seulement dans les zones rurales ou les banlieues difficiles. Tous les départements seront touchés.
Imaginez-vous cela ! Comment on va faire, avec une population qui vieillit et dont les besoins de santé vont grandissants. Comment les médecins traitants qui vont rester vont-ils pouvoir assurer, sans personnel nouveau auprès d'eux, les fonctions de prévention, dépistage, ou de permanence de soins pourtant essentielles à la santé. La crise qui s'annonce sera majeure.
Le Numerus Clausus qui fixe le nombre d'étudiants en médecine vient d'être relevé par le gouvernement, cela va t il suffire ?
Pierre COSTES :
Relever le nombre d'étudiants admis en deuxième année d'étude de médecine produira du résultat dans seulement 15 ans. L’âge d'installation moyen en Médecine Générale est déjà de 39 ans ! Et moins de 20 % des étudiants choisiront effectivement d'exercer la médecine générale de proximité. Les jeunes étudiants, très durement sélectionnés dans des études difficiles, hésitent de plus en plus à choisir cette spécialité complexe, moins considérée et moins rémunérée que toutes les autres spécialités.
Cette année, sur 2400 postes proposés au choix, des étudiants en fin d'étude, 800 postes d'interne en Médecine Générale resteront effectivement non pourvus. Sans investissement massif sur la médecine de soins primaires, sans un véritable plan Marshal sur la Médecine Générale, l'avenir est très sombre alors que les besoins de santé sont prioritaires.